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Des agriculteurs contraints d’abonner la production laitière

Trois fermes laitières de la MRC du Domaine-du-Roy sont en cours de démantèlement, ne voyant pas de solutions aux problématiques rencontrées. Le manque de main-d’œuvre, la brèche dans la gestion de l’offre et l’impossibilité à trouver de la relève ont eu raison de ces agriculteurs.

« Moi, ça faisait quelques années que je l’envisageais, depuis que j’avais perdu mon employé et que je me voyais travailler sept jours sur sept. Mais quand le Canada a cédé devant les États-Unis en octobre, ben là je suis entré dans l’étable et je me suis dit : Marc, c’est le début de la fin. Je vends », relate Marc Allard, un agriculteur de Saint-Prime.

Rappelons que dans l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC) près de 4 % du marché canadien du secteur laitier est ouvert aux producteurs américains.

« C’est clair que les quotas de lait vont perdre de la valeur. Comme les fermes laitières sont de plus en plus difficiles à rentabiliser, j’ai décidé de vendre mon quota, d’envoyer les trois quarts de mon troupeau à l’abattoir et de donner mes autres vaches. Je garde mes champs pour les louer. Et je vais me trouver un emploi à temps partiel pour profiter de la vie », mentionne l’homme de 50 ans.

Il se félicite, dans les circonstances, d’avoir un peu découragé son fils le plus âgé à prendre la relève.

Décision difficile

Ce n’est pas de gaité de cœur que Frédéric Collard, de Saint-Félicien, se résigne à vendre son troupeau d’Ayrshire et à démanteler la ferme familiale. Pour sa part, c’est le fait que son fils ne puisse pas prendre la relève qui l’a poussé à cette décision.

« C’est une question d’allergie. Philipe aimait ça, mais ça le rendait malade à cause de l’asthme, c’était rendu invivable pour lui. Aussi, la décision de Trudeau d’ouvrir aux Américains a joué dans ma décision », mentionne-t-il.

« Je n’ai pas trouvé de remplaçant. J’ai donc travaillé sept jours sur sept. J’ai perdu beaucoup de poids et je voyais que j’y laissais ma santé. »Autre coup dur, l’employé de la ferme s’est blessé et il a été absent pendant plusieurs mois.

Marc Allard dort beaucoup mieux depuis la fin février, moment où il a vendu ses 24 kilos de quotas.

Pour ce qui est de Frédéric Collard, une vente est prévue le 3 mai pour vendre le troupeau. Il doit aussi évaluer ce qu’il fait des bâtiments et des champs qu’il possède. Car il ne serait pas nécessairement avantageux de les vendre pour des raisons fiscales.

Autres démantèlements

Outre ces deux agriculteurs, la famille Tremblay du rang Double à Saint-Félicien serait dans des démarches de démantèlement. Récemment, un agriculteur de Normandin a cessé ses activités et autre serait sur le point d’emboiter le pas.

Selon le président régional de l’UPA, Mario Théberge, deux fermes dans le secteur d’Alma ainsi qu’au Saguenay sont à vendre.

Douze producteurs ont cessé leurs activités en 2018. Depuis 2010, c’est 61 agriculteurs qui ont abandonné la production laitière. Le nombre est passé de 346 à 285.

Il faut régler le problème de la main-d’oeuvre

« Ce ne sont pas des années faciles! C’est vraiment la problématique de la main-d’œuvre qui vient à bout de nos agriculteurs. C’est très préoccupant! Il va falloir trouver des solutions parce que sinon, ça va se poursuivre la vente des fermes laitières. »

Habituellement optimiste, le président de l’UPA Saguenay-Lac-Saint-Jean, Mario Théberge, se désole de voir tant d’agriculteurs abandonner leur métier parce que rendus au bout du rouleau.

« Les gens ne trouvent pas de main-d’œuvre. Il en manque partout et les producteurs ne sont pas capables de rivaliser avec des conditions comme la grande entreprise. En plus, ce n’est pas un travail facile. »

Selon Mario Théberge, les agriculteurs n’auront pas le choix de se tourner vers les travailleurs étrangers. C’est la planche de salut.

« Prenez l’exemple des Serres Toundra, est-ce que ça pourrait fonctionner sans travailleurs étrangers? On est rendu là, nous autres aussi! »

Comme aller à un enterrement

Mario Théberge avance aussi que c’est plusieurs problèmes qui surviennent en même temps qui expliquent les décisions de fermer boutique.

« Seulement une ferme sur trois serait rentable au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Une année de sécheresse comme l’an dernier a été un coup dur également et il y a aussi toute la problématique de la relève. Les difficultés pour transférer une entreprise sont énormes. »

Marc Allard, un agriculteur de Saint-Prime, soutient que les mesures fiscales favorisent le démantèlement plutôt que le transfert d’une ferme.

Mario Théberge n’ose même plus aller aux encans d’animaux tant il trouve que c’est déprimant.

« C’est triste, on dirait qu’on va à un enterrement. Les gens vendent, mais ce n’est pas de gaité de cœur. Souvent, c’est toute une vie que tu abandonnes. »

Maintenir les céréales

De plus en plus d’étables de la région se retrouvent comme celle-ci. (Photo Trium Médias – Louis Potvin)

Le président constate que les gens abandonnent la production laitière et poursuivent dans les céréales, car c’est moins exigeant.

Il note aussi que même si plusieurs fermes sont démantelées, il n’y a pas eu de pertes de production laitière dans la région. La diminution est faible. Le pourcentage de production laitière au Sagueay-Lac-Saint-Jean était de 5,17 % en 2010 et a diminué à 4,96 % en 2017.

« Les agriculteurs sont toujours actifs et rachètent des quotas qui sont mis en vente par la Fédération des producteurs de lait. »

Source : https://www.letoiledulac.com/actualite/des-agriculteurs-contraints-dabonner-la-production-laitiere/?fbclid=IwAR33uUrzWrP-pif8uHN4FrYxwSJmtm8t7E7dLHPylU9BD0hdhC8lRVMklJM

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