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L’appartenance à la terre

Imaginez un instant que vous êtes un agriculteur de 65 ans qui a passé sa vie sur la ferme laitière léguée par son grand-père et qui a bossé sept jours sur sept du matin au soir. Vous n’avez jamais eu beaucoup de temps pour passer une fin de semaine au Grand Prix de Montréal, pour une escapade de trois jours à Charlevoix ou pour pédaler le tour du lac à vélo, alors que le concept de vacances est plutôt abstrait dans ce domaine.

Vous n’avez jamais eu beaucoup de temps pour passer une fin de semaine au Grand Prix de Montréal, pour une escapade de trois jours à Charlevoix ou pour pédaler le tour du lac à vélo, alors que le concept de vacances est plutôt abstrait dans ce domaine.

Au bout de toutes ces années de sueur, d’huile de bras, d’investissements et de revenus moyens, vous avez le choix entre céder à un de vos enfants votre entreprise agricole de trois millions de dollars ou la vendre à une personne non apparentée pour profiter de vos vieux jours avec un bon coussin financier ; que faites-vous ?

« Ce sont des situations qui existent. Nos agriculteurs sont des gestionnaires beaucoup mieux formés qu’avant, et le transfert d’une entreprise agricole, ça se prépare 10 à 15 ans d’avance. Ça prend beaucoup de planification », fait savoir le directeur régional du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), Gilles Beaudry, qui participait à une activité de la relève agricole mercredi au Centre culturel du mont Jacob à Jonquière.

Entreprise familiale

Michèle Lalancette, présidente provinciale de la Fédération de la relève agricole, vit présentement un processus de transfert d’entreprise familiale. « J’ai grandi sur la ferme de mon grand-père. L’été, je n’allais pas dans des camps de vacances. Je labourais la terre, assise sur le tracteur, à côté de mon grand-père. Alors, il n’était pas question pour moi que mon père vende la terre à des étrangers », explique la jeune agricultrice, qui parle beaucoup d’appartenance à la terre.

À 33 ans, Michèle Lalancette se définit comme le grand-père de la relève. Il fallait la voir se déplacer de table en table, parmi la centaine de jeunes de la relève agricole rassemblés dans le cadre d’ateliers de travail sur les défis à relever. On a de la difficulté à l’imaginer dans une étable en train de réparer un tracteur quand on la voit vêtue d’un tailleur avec ses bottes à talons hauts et le cellulaire à la main. « Je trouve ça beau de voir une gang de jeunes en train de discuter d’avenir. Ça me touche vraiment », dit-elle.

Qualité de vie

« C’est beau la vie sur une ferme. Nous sommes avec nos parents toute la journée, on prend nos repas ensemble à la maison ou on mange un sandwich dans le champ. C’est stimulant comme milieu. Je n’ai jamais été obligée de travailler sur la ferme. J’étais inscrite à l’université et j’ai fait le choix de revenir au cégep pour apprendre le métier d’agricultrice. Je voulais avoir les deux mains dedans, apprendre la plomberie, la soudure. Il faut qu’on soit capable de se réparer, même si ce sont des professionnels qui réalisent les travaux. Je voulais apprendre à faire une paye pour les employés, à gérer les équipements », fait valoir celle qui va se retrouver à la tête d’une entreprise valant près de trois millions de dollars.

« Mon grand-père a commencé avec cinq vaches dans son étable. Il n’avait pas assez de foin pour nourrir ses bêtes à la fin de l’hiver. Le MAPAQ lui avait dit qu’il ne pourrait pas survivre sur cette terre, qui n’était que tourbière. Les gens croyaient qu’il allait directement à la faillite », raconte celle qui laboure encore parfois avec son grand-père Jean-Yves Lalancette.

« Il a 88 ans, et l’an dernier, il conduisait encore le tracteur pour faire les labours. Il me disait que c’était le grand luxe avec l’air conditionné et le chauffage. Il a commencé à labourer avec un boeuf, et plus tard, sur un tracteur sans abri, en soute de Ski-Doo quand il faisait froid », expose la jeune agricultrice, qui se sent très attachée au patrimoine familial.

Gros actif, petit revenu

Michèle Lalancette dit qu’elle devra être très prudente avec les investissements pour remplacer des équipements désuets. « Avec la valeur des actifs qu’on possède, en fonction des quotas de lait et des bâtiments, les banques acceptent de nous prêter facilement, mais il faut considérer que dans le domaine de l’agriculture, il faut détenir 8 $ d’actif pour générer 1 $ de revenu. Il faut faire attention à l’endettement à long terme », soutient la femme d’affaires.

« L’agriculture est un secteur qui évolue beaucoup. Il y a de plus en plus de gens qui n’ont pas grandi dans ce milieu et désirent exploiter une terre. Le coût des terres a sextuplé au cours des dix dernières années. L’acquisition des terres par la Banque Nationale et le fonds Pangea terres agricoles a fait monter les prix. Certains se tournent vers la location de terres pour cultiver, mais les agriculteurs veulent cultiver leur terre, pas une terre louée », indique celle qui valorise le sentiment d’appartenance.

Au cours de leurs échanges lors des ateliers, les jeunes ont discuté de transfert de ferme, de l’aspect humain de l’agriculture, de l’accès au financement, de santé psychologique, de conciliation travail-famille, des différences de valeur entre les générations, d’accès à la terre, d’accaparement des terres, d’assurance collective, de main-d’oeuvre, du coût des produits, d’achat local, de plan d’affaires. Bref, d’une industrie qui ne cesse d’évoluer.

Source : https://www.lequotidien.com/chroniques/roger-blackburn/lappartenance-a-la-terre-1153b6852c8356bdca1d5c32c5796f71?utm_campaign=lequotidien&utm_medium=article_share&utm_source=facebook

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