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Une bonne récolte de bleuets malgré les menaces

Malgré les craintes appréhendées par la sécheresse à l’été 2018, 87,7 millions de livres de bleuets ont été récoltées dans la région, ce qui représente la deuxième meilleure production de l’histoire régionale. Malgré ces chiffres encourageants, plusieurs menaces, comme l’augmentation des surfaces de production à l’échelle planétaire et l’intervention de gros joueurs sur le marché, plombent la rentabilité des producteurs.

« On doit travailler ensemble et utiliser un maximum d’outils à notre disposition sur ce que l’on contrôle » a lancé Gilles Beaudry, le directeur régional du MAPAQ, lors de l’allocution d’ouverture de la Journée Bleuet, tenue devant plus de 150 producteurs réunis à Dolbeau-Mistassini, mardi.

Les rendements sont bien sûr un facteur important de la rentabilité des entreprises, a-t-il ajouté. « Quand on parle d’augmenter les rendements, on parle d’innovation. Au-delà de la nouvelle machinerie et des nouveaux produits, il faut aussi penser à la capacité de faire les choses différemment », note-t-il.

Des conférenciers ont fait le bilan de la saison 2018 en plus de parler d’irrigation, de modèles bioclimatiques, d’informations économiques, d’assurance récolte, de bleuets biologiques, de la variabilité des champs, de pistes créatives de commercialisation, de transfert d’entreprise et de programme d’aide aux producteurs.

Bilan de saison 2018

L’hiver 2017-2018 a amené une bonne couverture de neige dans les champs de la région, a souligné d’emblée Pierre-Olivier Martel, agronome au MAPAQ. Au printemps, les températures sont tombées sous zéro à quelques reprises, mais jamais très longtemps ni trop bas pour causer d’importants dommages, a-t-il ajouté.

Au niveau de la pollinisation, près de 30 000 ruches ont été utilisées dans la région, soit l’équivalent de 2017, mais moins qu’en 2015 et 2016, alors que 35 000 ruches étaient présentes. Fait à noter, l’utilisation des mégachiles a fait un bon de 25 %, alors que l’utilisation de bourdon a grimpé de 50 %.

Pendant l’été, la sécheresse a fait craindre le pire, alors qu’il est tombé 42 mm de pluie de moins que la moyenne en juin et 46 mm de moins en juillet. Les producteurs s’attendaient à des pertes de 25 à 30 % de rendement à la fin juillet, mais les pluies du mois d’août (48 mm de plus que la moyenne) sont venues « sauver » la saison, avec une production totale de 87,7 millions de livres, la deuxième meilleure récolte au Québec. « On commence à voir l’effet des derniers grands développements, en 2009 et 2010, qui sont rendus à pleine maturité », a souligné Pierre-Olivier Martel. Au cours des cinq dernières années, la moyenne a été de 86,8 millions de livres.

Alors que la production québécoise a été plus grande en 2018 qu’en 2017, les autres régions productrices, le Maine, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, ont vu des baisses de production, notamment dues aux gels.

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L’IRRIGATION COMME ASSURANCE RÉCOLTE 

(Guillaume Roy) – L’irrigation des bleuetières peut aider à protéger les récoltes contre le gel ou le manque d’eau, mais un projet de recherche mené sur quatre ans n’a pas permis de déterminer une augmentation du rendement statistiquement significative.

L’irrigation peut être vue comme une assurance récolte lors des années de grands gels, car elle permet de récolter les récoltes, selon Carl Boivin, agronome et chercheur à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA).

Par exemple, l’irrigation aurait pu permettre d’éviter les récoltes désastreuses de 1998, de 2010 et de 2013, alors que la récolte se chiffrait respectivement à 19, 391 et 742 kg/ha.

Mais est-ce vraiment pertinent pour tous les producteurs ? « Non, répond-il d’emblée. Chaque producteur doit définir son bilan hydrique pour définir les risques et savoir si l’investissement en vaut le coût. »

En faisant des recherches dans quatre champs situés à Saint-David-de-Falardeau et à L’Ascension-de-Notre-Seigneur, M. Boivin a constaté que le bleuet n’a pas d’énorme besoin en eau. Selon les conditions du sol, une réserve d’eau facilement utilisable de 20 mm, RFU dans le jargon, peut assurer un approvisionnement en eau pendant 13 jours. Avec un RFU de 40 mm, ce qui n’est pas rare, l’autonomie en eau grimpe à 26 jours. « Le niveau de risque n’est donc pas extrême. »

La recherche effectuée dans différents types de sols visait à savoir si les plants irrigués allaient produire plus de bourgeons, plus de fruits et des fruits plus gros, par exemple. Différents régimes d’irrigation ont aussi été testés, en ajoutant notamment de l’irrigation durant l’année de culture végétative.

Au terme des quatre années d’étude, aucune différence significative n’a pu être démontrée, alors que les champs irrigués et les champs non irrigués démontraient une variabilité de production 800 à plus de 10 000 livres par acre. Toutefois, aucun gel ni sécheresse majeure ne sont survenus dans les champs testés, note le chercheur.

Ces résultats ne veulent pas dire que l’irrigation n’est pas efficace pour lutter contre le stress hydrique, mais plutôt que son utilisation n’est pas nécessaire pour tous. D’autant plus que des investissements majeurs sont requis pour irriguer des champs de bleuets.

Par exemple, un système d’irrigation enfoui, avec 600 gicleurs, permettant de traiter 50 acres, coûte 236 709 $. Pour que l’investissement soit rentable, les champs doivent produire 426 $/acre/an en plus. D’autres options moins onéreuses existent, mais elles ne permettent pas de traiter contre le gel.

Changements climatiques

Peut-on prédire comment les changements climatiques affecteront la culture du bleuet sauvage ? Oui, selon le modèle climatique développée par Agriculture et Agroalimentaire Canada, qui permet de prédire 82 % de la variation du rendement avec les données climatiques.

C’est un chiffre énorme, estime Gaëtan Bourgeois, chercheur scientifique en bioclimatologie et modélisation pour Agriculture et Agroalimentaire Canada. « Pour d’autres cultures, on considère avoir de bons résultats quand on peut prédire 40 à 50 % de la variabilité avec les données climatiques », soutient l’homme qui a été surpris de voir d’aussi bons résultats.

Une telle précision du modèle s’explique toutefois en excluant l’année 1998, alors que des gels exceptionnels ont carrément bousillé la récolte. Mais même en tenant compte de cette année, le modèle prédit 60 % de la variabilité.

En croisant ces données avec les prévisions climatiques du consortium de recherche Ouranos, le chercheur compte estimer les rendements futurs du bleuet sauvage, en publiant les résultats d’ici quelques semaines.

Selon ses hypothèses, la fonte de la neige plus hâtive permettrait aux plants de fleurir plus tôt, ce qui les mettrait toutefois plus à risque d’être confrontés à des gels. L’augmentation de la température permettrait toutefois au bleuet de mûrir plus tôt, évitant ainsi les gels automnaux.

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UN PROGRAMME D’ASSURANCE RÉCOLTE PLUS GÉNÉREUX

(Guillaume Roy) – Pour mieux assurer les risques des producteurs de bleuets, la Financière agricole du Québec (FADQ) a ajusté le prix du bleuet de 0,61$/kg à 0,79$/kg de 2017 à 2018 tout en assurant une indexation au cours des prochaines années.

Le taux des primes d’assurance a aussi été réduit de 19,10$ à 14,25$ pour les producteurs qui veulent un taux de couverture de 80 %, a souligné Yves Lefebvre, directeur général de la FADQ.

De plus, le producteur ne paie que 40 % de ces primes, car le reste est couvert par les différents paliers de gouvernements. D’autres options de couverture à 60 % et 70 % sont aussi disponibles, alors que l’aide des gouvernements peut atteindre 80 %.

Au cours des 10 dernières années, le nombre des clients producteurs de bleuets est passé de 132 à 263, ajoute Yves Lefebvre. Depuis 2010, la valeur des terres assurées est ainsi passée de 7,9 millions à 19,5 millions de dollars en 2019.

Source : https://www.lequotidien.com/affaires/une-bonne-recolte-de-bleuets-malgre-les-menaces-612da92e4d152987d0d64745d7a43e3a?fbclid=IwAR1zYpbBqtqaARJ7WQbn0we9lHB8TKfaSPmSjQNR6ohndArsAZQRR1c7v4A

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